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Le bénévolat et moi : l’amour vache

Un peu d’histoire

Depuis toute petite, le bénévolat et les associations font parties de ma vie. Donner un coup de main au bar du club de foot, aider à la kermesse, s’investir dans le foyer des jeunes … quand on grandit dans un village où tout le monde se connait et où toute ta famille fait partie des assos, c’est presque incontournable. J’ai toujours connu ma mère être bénévole, et logiquement j’ai fait pareil. Sans vraiment savoir pourquoi. Il est temps aujourd’hui, à l’aube de mon passage dans l’au-delà (la trentaine), de se poser les bonnes questions.

Devenue étudiante, les associations du village ont laissé place aux assos culturelles. J’ai été bénévole sur plusieurs festivals (festivaux !), sur des concerts … Et puis il y a eu la rencontre avec Queen Bee et la radio, depuis bientôt 7 ans je suis bénévole chez Graffiti Urban Radio.

 

Pourquoi j’aime le bénévolat ?

Lorsque les réunions sont trop longues et pénibles, que mes pieds sont engourdis après une soirée derrière le bar de l’asso, que des mecs bourrés viennent t’emmerder pour négocier des bières gratuites, je pose l’éternelle question :

« Mais patin qu’est-ce que je fait dans cette merle ? »

J’ai la réponse lorsque je rentre chez moi après un événement, complètement rincée, mais un peu hébétée par l’euphorie collective que procure la sensation d’avoir accompli un truc chouette avec une bande de gens chouettes.

Quels que soient les trucs gonflants qui soient arrivées, la sensation d’avoir passé une bonne soirée, d’avoir été utile tout en profitant, d’avoir contribué à faire passer un bon moment : c’est pour ça que j’aime ça.

J’ai longtemps cru que j’aimais le bénévolat parce que je suis « hyper-active ». En réalité c’est des grosses conneries parce que je suis capable de passer des jours entiers sur mon canapé à ne rien faire. Je ne suis pas bénévole pour « combler » un manque d’activité, mais plutôt pour m’encourager à bouger. Je suis de ces gens qui ont besoin d’une raison et d’une motivation pour se lever le matin. C’est valable dans ma vie pro, comme dans ma vie perso. Et l’engagement bénévole c’est cette petite voix qui dit « coupe Netflix et va donner un coup de main, tu te sentiras mieux et tu auras servi à quelque chose ». Le bénévolat donne du sens, ou en tout cas c’est ce que je cherche à y trouver.

J’ai aussi cru que j’aimais le bénévolat pour le « pouvoir » qu’il peut donner. En tant que bénévole, on est amené à prendre (collectivement ou non) des décisions ou des positions sur des sujets où par définition, nous ne sommes pas des professionnels (sinon on est plus des bénévoles, vous suivez ?). L’engagement bénévole, en particulier lorsqu’on rentre dans un Conseil d’Administration par exemple, implique du pouvoir et des responsabilités. En réalité, ils sont souvent plus pesants qu’agréables. C’est aussi, la plupart du temps, assez peu gratifiant. Lorsque je prends une décision au boulot, en fonction de mes compétences et de mon expérience, elle n’est pas remise en question sans raison, elle est facile à assumer, elle est réfléchie. Lorsqu’on est bénévole ce n’est pas la même mayonnaise. Toute décision, toute prise de position, pourra être remise en question à tout moment et par n’importe qui. Parce que personne n’est plus légitime qu’un autre, nous sommes tous bénévoles. Bien sur certains d’entre nous acquièrent de « l’expérience » dans le bénévolat, mais il faudra toujours prouver, argumenter, négocier. C’est le système qui veut ça. C’est ce qui fait tout l’intérêt du bénévolat mais c’est aussi ce qui peut le rendre pénible.

Alors au final, pourquoi j’aime ça ? Pourquoi tout au long de ma vie lorsque j’ai quitté une asso, j’ai automatiquement, sans réfléchir, adhéré à une autre asso ?

Je pense que c’est pour ce sentiment d’être utile. Le sentiment de faire parti d’un tout, d’un ensemble, qui rend service, qui divertit, qui informe, qui fait du bien. Et puis c’est aussi, malgré ma tête de cochon, pour passer du temps avec des gens. Des gens qui sont des connaissances puis pour certains ensuite des amis (ou des ennemis). Des gens qui l’air de rien partagent ton quotidien, mais qui surtout partagent tes centres d’intérêts et tes valeurs.

Le bénévolat et l’égoïsme, le grand paradoxe

Sur le papier et dans les théories, on est bénévole pour les autres. On est bénévole pour aider, pour accompagner, pour donner de son temps.

Pourtant quand je me demande pourquoi je suis bénévole, les réponses qui me viennent avec honnêtetés sont toutes très égocentrées (cet article aussi d’ailleurs, je m’excuse pas).

C’est le grand paradoxe du bénévolat. On est bénévole pour aider les autres mais avant tout pour s’aider soi. J’irais même plus loin, un « bon bénévole » est un bénévole qui donne du temps parce qu’il en a profondément envie au fond de lui.

On ne peut pas se « forcer » à être bénévole, ça ça parait logique. Personne ne donne de son temps parce qu’il y est obligé, sinon ce n’est plus du bénévolat c’est un Travaux d’Intérêt Général.

Mais on doit être bénévole pour soi et non pour la reconnaissance des autres. Je m’explique, le milieu du bénévolat est plein de valeurs chouettes et l’une d’entre elle c’est que l’intérêt du collectif passe en premier. C’est une super valeur mais elle peut parfois être un peu violente. L’investissement d’une personne, aussi important soit-il, pendant des années, peut vite être balayée par un « personne n’est irremplaçable ». Et c’est vrai, personne ne l’est. Le principe c’est justement que les associations et leurs projets perdurent, au gré des arrivées et des départs des bénévoles. Si ce n’est pas le cas, si une association ferme ses portes lorsque son « leader » la quitte, c’est qu’il ne s’agissait pas au départ d’un projet collectif mais d’un projet individuel.

C’est à la fois quelque chose de génial, qui permet de transcender l’individuel mais aussi pour moi parfois le « côté obscur » du collectif. Il faut que chacun s’y investisse pour que ça fonctionne, mais on ne doit pas en attendre un retour personnel. Pourquoi ? Parce que dans la majorité des cas il n’existe pas et cela engendre déceptions et frustrations. Il est très rare qu’on vienne remercier un bénévole personnellement pour son engagement, surtout si celui-ci est récurrent. Les gens ont tendance à le considérer comme un acquis qui ne mérite pas d’être souligné. « Oh José t’inquiète il sera bien là pour donner un coup de main ». Ce n’est pas forcément une mauvaise chose, mais c’est un fait. Et pour continuer d’être bénévole sereinement et sans frustration je pense que c’est important d’intégrer cette information.

Du coup, paradoxalement, si « personne n’est indispensable », pourquoi s’investir ? Et bien on s’investit dans le bien être du collectif, avant tout pour soi. Vous suivez ?

Alors on reste bénévole quand même ?

Et bien, selon moi, la réponse à la question « Est-ce que je deviens ou reste bénévole de cette association ?  » est finalement très intime et personnelle. Il faut se poser quelques questions :

  • Qu’est-ce que j’aime dans le fait d’être bénévole ?
  • Est-ce que je partage les valeurs de l’association ?
  • Est-ce qu’être bénévole me fait passer des bons moments ?
  • Ou à l’inverse, est-ce qu’être bénévole me coûte plus que ne m’apporte ?

Ce questionnement permet de se positionner par rapport à son investissement. Pour ma part, parce que je suis extrêmement exigeante envers moi-même et le reste du monde, j’ai une tendance naturelle à ne pas m’engager sans le faire à 150%. Après des années à lutter, je sais aujourd’hui que ce n’est pas dans ma nature de venir simplement « donner un coup de main ». Je ne sais pas me taire et laisser faire lorsque je vois que ça pourrait être amélioré. J’ai tendance à organiser, rationaliser, anticiper le moindre détail pour le confort de tous et la réussite final du projet. Si dans le milieu professionnel ce sont des qualités reconnues, ce n’est pas toujours le cas dans le bénévolat. Sur un projet collectif, chacun a sa façon de réfléchir et de travailler, et a le droit de l’appliquer.

C’est donc quelque chose qui m’est reprochée (parce que de nouveau, dans le bénévolat on a souvent plus de reproches que de remerciements, les ingrats !). La question à laquelle je dois répondre aujourd’hui c’est « est-ce que ça vaut le coup ? ». Est-ce que j’aime tellement les moments passés que j’arrive à faire abstractions des mauvais côtés et des reproches ? Parfois, la plupart du temps, oui. Parfois, en ce moment notamment, c’est moins le cas.

Prendre du recul ne fait jamais de mal mais ce n’est pas ma spécialité, c’est donc quelque chose que je vais devoir continuer d’apprendre à faire. Être bénévole c’est être en interaction et en co-construction avec les autres et ça demande donc un travail sur soi-même. C’est enrichissant humainement et aussi techniquement sur pleins d’aspects. Je suis persuadée qu’au fond de moi je ne suis pas attirée par le bénévolat par hasard et que j’en ai besoin. Mais je dois aussi penser à mon équilibre et à « doser » mon investissement.

Voilà pour cette réflexion. Et vous ? Vous êtes bénévole ? Vous l’avez été ? Comment ressentez-vous tout cela ? Bisous, merci.

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